Les pêcheurs améliorent la sélectivité de leurs engins

Qu’entend-on par sélectivité ?

 

On peut définir la sélectivité d’un engin de pêche (chalut, palangre, filet…) par sa capacité à capturer seulement les espèces désirées, matures et de tailles « commerciales ». Les pêcheurs, aidés par les scientifiques, améliorent donc en permanence leurs engins de pêche pour remplir l’objectif qu’ils se sont fixés d’exploiter durablement la ressource. Depuis plus de dix ans, la flotte française applique donc le principe « trier sur le fond plutôt que sur le pont ».

Pourquoi améliorer la sélectivité ?

 

 

  • Pour respecter la réglementation : Depuis le mois de janvier 2015, l’obligation de débarquement est entrée en vigueur pour certaines espèces. Progressivement et, d’ici 2019, toutes les espèces soumises à des limitations de capture devront être débarquées et ne pourront donc plus être rejetées en mer.

 

  • Pour maintenir la rentabilité économique : En améliorant la sélectivité de ses engins, le pêcheur limite la prise d’espèces non désirées et réduit donc leur temps de traitement à bord. Il diminue également sa consommation de carburant.

 

La sélectivité est donc à la fois une exigence et une nécessité. Mais c’est aussi une question de responsabilité professionnelle !

 

Comment teste-t-on la sélectivité ?

 

Comme les programmes passés, les projets en cours illustrent parfaitement et concrètement l’approche partenariale qui existe entre les organisations professionnelles et les scientifiques d’Ifremer (Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer).

Les mesures déjà adoptées :

 

  1. L’augmentation de la taille des maillages

Pour favoriser l’échappement des poissons trop petits pour être vendus, les maillages des chaluts ont augmenté de 55 à 70 mm ces vingt dernières années.

  1. Les dispositifs spécifiques
  • Dans le golfe de Gascogne, depuis 2006 un panneau à mailles carrées permettant de laisser échapper les petits merlus est obligatoire.
  • Depuis 2008, les professionnels ciblant la langoustine doivent utiliser un des dispositifs suivants : l’augmentation du maillage du cul de chalut (80 mm au lieu de 70 mm), le panneau à mailles carrées ventral, les grilles à barreaux semi-rigides en position haute ou basse ou le cylindre à mailles carrées.
  • En mer Celtique (zones CIEM VIIf-g), depuis 2012, un panneau à mailles carrées dorsal est obligatoire pour tous les chalutiers afin de laisser échapper églefins, merlans et cabillauds. Son maillage est passé de 100 à 120 mm en 2015 sur proposition de Les Pêcheurs de Bretagne.

 

D’autres programmes d’amélioration
de la sélectivité existent-ils ?

 

Les programmes CELSELEC (mer CELtique SELECtivité) et REDRESSE (REDuction des REjetS et amélioration de la SElectivité dans le golfe de Gascogne) avaient récemment pour but de tester des dispositifs permettant de réduire les rejets en améliorant la sélectivité des engins de pêche.

  • Mené par Les Pêcheurs de Bretagne en partenariat avec Ifremer, le programme CELSELEC concernait les chalutiers de mer Celtique. Il testait trois dispositifs en conditions réelles : la grille à lotte, le cylindre à mailles carrées et la rallonge en mailles T90.
  • Le programme REDRESSE, mené par l’Aglia (Association du Grand Littoral Atlantique) concernait les chalutiers de fond, les fileyeurs, les chalutiers pélagiques et les senneurs danois du golfe de Gascogne. Les tests modifiaient le chalut en ajoutant des dispositifs laissant échapper les espèces non désirées ou de taille trop petite.

 

Les fiches de synthèse des résultats obtenus dans le cadre du programme CELSELEC sont disponibles ici et le rapport complet ici.

 

De nouveaux engins de pêche hautement sélectifs

 

• Les mailles carrées

Ces mailles présentent l’intérêt majeur de s’ouvrir davantage que les mailles en losange. Elles permettent donc un échappement plus facile des juvéniles. Ce dispositif peut être monté en nappe ou en cylindre. Une boule dispersive peut être ajoutée pour encore favoriser l’échappement.

• Le T90

 

Les mailles en T90 sont des mailles en losange tournées à 90° par rapport au sens normal de montage. Ainsi, les forces de traction du chalut ne s’exercent plus dans le sens de fermeture des mailles mais plutôt dans celui de leur ouverture permettant l’échappement de certains poissons. Ce dispositif montre des résultats encourageants notamment sur le sanglier en mer Celtique (comme le montre la photo ci-contre) mais aussi sur la langoustine, le merluchon et le maquereau dans le golfe de Gascogne.

• La grille semi-rigide à lotte

 

Elle est utilisée pour laisser échapper les petites lottes, raies et cardines. La grille est positionnée juste en amont du panneau à mailles carrées obligatoire et une nappe anti-retour est positionnée juste après pour éviter que les petites lottes ayant pu s’échapper ne retournent dans le chalut.

• La nappe séparatrice

 

Cette nappe partage horizontalement le chalut en deux. Le poisson se retrouve ainsi dans la poche du haut et la langoustine dans celle du bas. Permettant d’avoir des maillages différents et adaptés dans « les deux culs », ce dispositif améliore nettement la sélectivité et la qualité des captures.